Article rédigé par Sihame Cornetet
Le garde-corps dit « à tuyaux d’orgue », en référence à ses manches très particulières ornées de plis, est un vêtement présent tout au long du XIIIe siècle.
Il est toujours porté comme couche supérieure. La longueur étant variable : il peut-être porté plus long ou plus court que la cotte.
Le garde corps a une capuche suffisamment large pour pouvoir être rabattue sur une tête déjà couverte d'un bonnet -cale-.
Les manches peuvent être plus ou moins longues comme on peut le voir sur les sources. On pourrait se poser les questions suivantes : est-ce que la longueur des manches dépend du statut du porteur ? La longueur est-elle un choix artistique ?
En tous cas, le prochain que je ferai, ce sera le mien !
I - Le patron et la découpe:
Pour la réalisation du garde-corps d’Arthur qui représente un personnage plutôt aisé du début du XIIIe siècle, j’ai opté pour de longues manches qui arrivent à mi-cuisses.
Arthur a choisi une laine épaisse à chevron d'un rouge intense et, en doublure, un taffetas de soie bleu nuit.
a) Le patron :
Le patron de ce vêtement est composé des parties suivantes :
- le corps
- les manches
- la capuche
Le corps ou partie centrale est constituée, comme pour une cotte, de deux pièces avant et arrière et de quatre godets. Étant donné que ce type de costume est réalisé dans un tissu plutôt épais voire lourd, il préférable d'éviter de faire des godets centraux.
Cette partie du costume ne sera pas traitée dans ce tutoriel, seules les manches et la capuche le seront.
Une fois les mesures prises et les calculs faits, il est important de reporter, sur une feuille quadrillée à la largeur et longueur du tissu, le patron afin de faire un minimum de chutes.
Je découpe d’abord la laine puis je dépose les pièces découpées sur la soie (endroit contre endroit). J’épingle le tout afin d’avoir des pièces prêtes à être cousues.
II - La couture
Chaque pièce doublée (endroit contre endroit) est cousue au point arrière à 1 cm du bord pour assurer une couture solide. Je laisse une ouverture non cousue pour retourner mes pièces doublées. Une fois cette opération terminée, je retourne les parties cousues et commence l’assemblage.
La couture d’assemblage est réalisée au point de surjet. Je n’ai pas fait de couture imbriquée sur ce costume étant donné que la laine est trop épaisse.
J'assemble en cousant d'abord le tissu extérieur donc la laine.
L'étape suivante consiste à coudre la doublure de la même façon que la laine, au point de surjet.
Tous les bords du costume : bas, manches et encolure sont aussi assemblés au point de surjet. Je plie vers l’intérieur –environ 1,5 cm- la laine et la soie, je fixe avec des épingles et couds (Fig.7).
Afin de ne pas voir la doublure dépasser sous la laine, je la fixe avec de petits points de couture qui sont, à peine, visibles sur la doublure. Cette étape est réalisée sur tous les bords : bas du vêtement, bas des manches et la visagière (tour de la capuche)(Fig. 8).
III - Réalisation des plis des manches
Pour réaliser les manches, je suis partie d’un rectangle qui sera plié en deux et cousu en partie pour former l'ouverture. La longueur dépend de la personne qui portera le vêtement. Pour la largeur, ne pas prendre en dessous de 110 cm. Il ne faut pas oublier de tenir compte de l’épaisseur du tissu : plus le tissu est épais, plus le nombre des plis sera réduit.
1) Réaliser les plis :
Une fois les manches cousues (endroit contre endroit puis retournées), un bon repassage est nécessaire. Il faut travailler à plat, doublure vers le haut.
A l’aide d’un grand réglet et d’un feutre qui ne traverse pas, marquer des points tous les 2,5 cm sur la totalité de la largeur.
Répéter l’opération six fois en utilisant votre réglet comme écart entre les lignes (environ 4 à 5 cm).
Préparer une aiguillée de fil de lin solide pour chacune des lignes. Faire un nœud au démarrage et attendre d'avoir fait les six lignes pour fixer les fils de fin de lignes entre eux.
A présent, on peut tirer les fils afin de pouvoir ajuster la largeur de la manche.
Quelle largeur aura votre manche plissée ? Cette largeur finale plissée dépend de l’encolure.
ATTENTION : pour trouver la bonne largeur de la manche, tous les tests doivent être faits sur votre mannequin, le milieu de l’épaule pouvant varier d’une personne à une autre.
Comme indiqué sur le schéma Fig. 13 :
1-marquer le milieu de l’avant
2-marquer le milieu l’arrière
3-répartir les plis de part et d’autre de l’épaule
4-ajuster la largeur
Comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus, les plis sont symétriques par rapport au milieu de l’avant et de l’arrière.
Attention : laisser de part et d'autre du haut de la manche 1,5 cm non plissé. Ces deux parties seront fixées sur le devant du garde-corps cf. Fig 17.
2) Coudre les plis :
Une fois la largeur de la manche fixée, il faut bloquer les plis. Cette étape se fait en deux fois. Premièrement, il faut coudre le haut de la manche en faisant deux rangées de couture : de grands points arrière pour reprendre, à chaque fois, le pli précédent pour assurer une bonne solidité à votre ouvrage cf. Fig. 14.
A présent, on doit fixer le reste des plis mais, avant, il faut créer une forme en éventail. Si l’on observe bien, le haut des manches montre des plis qui s’évasent vers l’épaule. Si nous gardons le même espacement entre les plis, le haut de la manche sera droit et non évasé. Si on veut obtenir une forme évasée comme sur les sources cf. Fig. 15, il est nécessaire d’augmenter cet espace d’une rangée à l’autre.
Pour obtenir l’effet évasé, on a besoin de gabarit. Mon mari a pensé à de petites pièces en carton et je les ai disposées comme suit :
Rangée 1 : 1 pièce de carton entre deux plis
Rangée 2 : 2 pièces de cartons
Rangée 3 : 3 pièces de cartons et ainsi de suite jusqu’à la dernière rangée.
On obtient le résultat suivant cf. Fig. 16
Il ne reste plus qu’à fixer les plis sur le côté intérieur de la manche, à savoir la doublure. La couture se fait sans retrait des pièces de carton. L’opération est longue mais donne un beau résultat. Il faut fixer, comme pour le haut de la manche, en revenant en arrière sur les plis précédents mais en faisant 3 à 4 coutures à chaque fois. N’oublions pas que les plis sont sujets à des tensions du fait du poids du tissu et, par conséquent, une couture solide est indispensable.
Voici le résultat obtenu (Fig. 17) après avoir retiré toutes les pièces de carton et les fils de lin que j'avais utilisés pour former les plis cf. Fig 11 et 12.
3) Fixer les manches :
Pour fixer les manches il faut, avant tout, marquer le milieu de celles-ci et le caler sur le milieu de l’épaule (attention à ne pas confondre avec milieu de l’encolure) cf. Fig 18.
La couture se fait comme l’indiquent les Fig. 19 et 20. Toux les creux des plis doivent être fixés sur le bord de l’encolure.
Voici le résultat obtenu cf Fig 21 et 22.
4) L'ouverture des manches :
Une fois les manches non cousues fixées, on peut coudre la manche pour faire l'ouverture.
L'observation des sources montre une ouverture qui naît au niveau de l'aisselle et s'arrête à la saignée du coude. C'est assez logique dans la mesure où l'on doit pouvoir retirer la main sans avoir à retirer toute la manche. Pour obtenir la hauteur de l'ouverture, porter le vêtement avec la manche non cousue et marquer le début de la couture au niveau du coude plié comme on peut le voir parfaitement sur la Fig. 15 que je remets ici afin de faciliter l’observation.
La couture de la manche se fait de la même façon que la couture d'assemblage des autres pièces : on coud d'abord la laine puis la doublure au point de surjet.
IV – La réalisation de la capuche
Pour la réalisation de la capuche, j’ai découpé un rectangle dont les mesures sont les suivantes cf. Fig. 25.
Voici la capuche découpée laine et soie endroit contre endroit. La couture se fait de la même façon que pour le reste du vêtement.
La fixation :
Une fois la capuche cousue, pour la fixer, il faut la coudre sur l’encolure en commençant par les doublures (celle de l’encolure et celle de la capuche).
Seulement après, on coud les couches extérieures, le tout au point de surjet (Fig.29).
La partie la plus délicate reste la couture de la couche extérieure de la capuche aux plis des manches qui sont fixées à l’encolure. Le tissu devra être fixé sur le bord des plis pour un rendu propre et solide ( Fig.30).
Un grand merci à mon amie Lætitia de l'association Fief et Chevalerie pour sa relecture !
Le résultat final
Voici le résultat sur le propriétaire du garde-corps, ça rend quand même mieux avec un beau costume noble XIIIe. La cotte en soie brodée a été réalisée par Hémiole.
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Lucile Baudu (mardi, 26 mars 2024 22:28)
Bonjour,
J'ai découvert votre blog grâce à Entraide Couture Historique car je voudrai réaliser une tenue d'homme de haut rang du XIIème ou XIIIème siècle.
Ce manteau a retenu mon attention par sa prestance.
Combien d'heure environ sont nécessaires pour le réaliser?
J'ai repéré de la laine à chevron sur le site Woolsome : est-ce un tissu adapté?
Cordialement,
Lucile Baudu