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Le haubert "noble"

Article rédigé par Philippe CORNETET.

 

 

Cette mention de  « noble » pour le haubert, croisée quelques fois dans les textes, est assez floue. On trouve aussi les expressions haubert de maille doublé, haubert de maille triplé et même de haubert noble de maille doublé.

 

Plusieurs essais ont été faits autour de cette notion de « maille doublée » ; bien souvent en augmentant le nombre d’anneaux passant d’un système  4/1 à  6/1 ou 8/2.

Ces essais sont peu concluants car présentant deux défauts majeurs : perte notable de souplesse du vêtement, augmentation non négligeable du poids de l’ensemble (30% à 40%).

 

Lors de visites dans deux musées parisiens, à l’occasion d’expositions temporaires (« Furusiyya » à l’Institut du Monde Arabe et « Saint Louis » au Musée de Cluny, j’ai pu observer deux hauberts, daté de la fin du XIIIe siècle et début du XIVe présentant, outre des dispositions de mailles particulières (Maille disposée en rosace sur les coudes, zones d’élargissement sur les omoplates, maille tournant autour du cou ), des tailles d’anneaux différentes selon la zone à protéger :

-           gros diamètre (15mm extérieur et 9 ou 10 intérieur, section lenticulaire) sur le torse, l’abdomen, les épaules et l’extérieur des bras.

-          Diamètre moyen (8mm extérieur, 6mm intérieur, section lenticulaire) sur le dos, les cuisses, les bras et avant-bras.

-          Petit diamètre  (6mm extérieur, 5 ou 4 mm intérieur, section lenticulaire) sous les aisselles, la saigné des coudes, le col et les poignets.

 

En observant ce détail, anneaux de 12 placés à côté d’anneaux de 8, j’ai eu l'impression d’anneaux de maille ayant une taille double par rapport au reste du vêtement …

Il ne faudrait donc pas comprendre doublement du nombre d’anneaux dans le haubert mais bien doublement de la taille.

 

A noter que ces deux hauberts étaient sans coiffe de maille ni gants intégrés.

 

J’ai donc tenté de réaliser un haubert noble en me basant sur l'observation de ces deux pièces archéologiques, en travaillant de mémoire. Ces pièces ne sont hélas plus visibles car elles faisaient parties de collections privées, prêtées pour ces expositions temporaires. (Pas d’images non plus : interdiction de prendre des photos. Il faut bien vendre du catalogue de collection...).

 

A ma disposition des anneaux de :

-          10/9mm, O

-          8/7mm,   O

-          6/5mm    O

 

Ils vont servir aux parties que je décline comme : fortes (10/9 gris clair), moyennes (8/7 gris moyen) et légères (6/5 gris foncé).

Phase 1

Assemblage des parties fortes du haut.

 

Utilisation d’anneaux 10/9.

 

 - Épaule/bras

 Mesurer du col à la saignée du bras pour environ une paume de large. Ces anneaux ont pour but d’encaisser tous les coups de tranche tombant en périphérie du buste.

 

- Avant (torse)

La plaque abdominale couvre des pectoraux à la pliure des cuisses (faire la mesure assis) et à, approximativement, quatre paumes de large. Cette pièce a certainement pour but de protéger des coups d'estoc.

 

Phase 2

 Le haut du tronc.

 

Utilisation d'anneaux moyens 8/7.

 

- L’ouverture du col correspond  à la mesure du tour de tête, en prenant soin que 1/3 de l’ouverture soit en arrière de la ligne d’épaule et les 2/3 en avant. Inclure dans le montage les deux bandes de bras en anneaux forts. 

- La jonction entre anneaux forts et anneaux moyens   ne présente pas de difficultés particulières.

Phase 3

 

Le col.

 

Utilisation d'anneaux légers 6/5.

 

La difficulté de cette étape réside dans le fait que l’on va devoir fixer une bande qui a un seul sens sur une zone qui présente des changement de sens de maille.   

 

Lorsque la maille du col est dans le même sens que le bord de l’ouverture, le montage est classique entre anneaux moyens et anneaux légers. 

 

-         

       

       Lorsqu’une bande de maille arrive en biais par rapport à l’autre, il faut assembler, un anneau sur deux, deux anneaux pour un, pour joindre les deux bandes   entre elles.

Phase 4

Le tronc.

 

Utilisation d'anneaux moyens.

 

Pour assembler  l'avant et construire le dos :

Monter la face avant et compléter le dos de façon à obtenir une longueur égale entre avant et arrière.

Phase 5

 

 Les Bras.

 

Anneaux moyens.

 

Les bras sont assemblés sans difficulté particulière. Bien veiller, toutefois,  à ce que la légère diminution de largeur de l’épaule vers le coude soit régulière des deux côtés.

Phase 6

 

Les avant-bras.

 

Anneaux moyens.

 

- Le montage se fait normalement sans oublier de riveter tout de suite la zone qui va recevoir les empiècements. Une fois le montage fait, fermer manche et torse à l’aide d’un fil et faire un essayage pour caler correctement les zone d’empiècement de la saignée et du coude.

 

- Par la suite, retirer le fil de montage, remettre à plat la pièce et retirer les anneaux nécessaires.  Riveter les autres.

 

Phase 7

 

Avant-bras et de poignets.

 

Anneaux forts et légers.

 

- Pour la saignée du bras, compléter les rangs de maille par des anneaux légers.

Faire de même pour les poignets sur, environ, un pouce de long.

 

- Pour le coude, monter deux rosaces en anneaux forts. L’assemblage se fait de la même façon que le col. (Montage 4 en 1). 

 

 

 La réduction du diamètre des anneaux à la saignée et l’augmentation de ce diamètre au coude, permet au bras de plier avec moins de tension et donc moins de gêne au mouvement.

Phase 8

 

Fermeture des manches et montage des goussets.

 

Anneaux légers

 

-Les goussets sont réalisés sur la base de 4 demi-goussets, ce qui facilitera l’alignement des mails.

 

Assembler d’abord les 4 demi-goussets sur le haubert, puis fermer les manches et les goussets.

Phase 9

Montage des quatre pans de cuisse et des godets.

 

Anneaux moyens.

 

 

Laisser les fentes devant et  derrière assez longues pour pouvoir s’assoir à califourchon sur un banc sans créer de tension.(Normalement la fente avant doit être plus longue que la fente arrière)

Phase 10

 

Réglage du dos.

 

Après avoir refermé les côtés du haubert, un réglage est à faire pour optimiser les mouvements des bras vers l’avant :

 

- Enfiler le haubert et faire marquer au moyen d’un fil de couleur les points où la maille se tend le plus lorsqu’on vient faire toucher les deux coudes sur l’avant (1).

- Selon les corpulences, il peut être nécessaire de marquer en plus la zone entre les omoplates (2).

- Procéder à l’ouverture des deux lignes n°1, puis refermer en faisant des agrandissements.

Essayer de nouveau, si la tension dans les bras à disparu, le réglage est terminé, si non, faire de même la ligne n°2.

Les photos sont celle de mon haubert que j'utilise depuis 3 ans maintenant, il y a quelques réparations à faire (quelques anneaux mal rivetés ont cédé lors d'engagements). 

Étant vraiment très agréable à porter, je l'utilise bien plus souvent que mon ancien haubert "standard".

 

TRUCS & ASTUCES !

Un conseil pratique : pour retarder l'apparition de la rouille, ne stockez jamais votre maille dans un plastique, utilisez une toile de lin, coton ou laine assez épaisse, dépliez votre haubert dessus, rabattez les coté les plus long sur la maille, puis roulez le tout.

Votre maille respirera, permettant aux gouttes d'humidités de s'évaporer, et le tissu conservera la graisse. Cette méthode vous évitera à avoir recours au graissage régulier.